Amours jaunes

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPendant les heures tout aussi longues
Que les dimanches à la villa,
Le Chinois venait du Mékong
Et surgissait des acacias.
Sa peau avait l’odeur du miel,
Quand il apportait avec lui
Entre deux averses de pluie
Une pleine mousson d’arcs-en-ciel.

Il la surprenait dans la cour,
Quand elle lisait la terre entière
Dans les journaux gris éphémères
Qui la séparaient de l’amour.
Elle levait des yeux condamnés
Et attendait ses mots choisis
Dans une langue que son esprit
Traduisait en prières sacrées.

Elle mettait les mains devant elle
Pour empêcher une seconde
Que s’accomplisse sous sa tutelle
La caresse entamée du Monde.
Le costume en flanelle blanche
Suivait la courbe des épaules,
Avant que son sexe ne tranche
Les rêves ouverts que l’on frôle.

Dans la maison vide refermée
Sur les après-midi tranquilles,
Leur éternelle intimité
Chassait les rumeurs de la ville.
Soumise à ses tendres caprices,
Elle oubliait le carnaval
Des mensonges et les prémisses
D’une fin d’empire colonial.