Cérémonie

Ikebana
Les tâches jaunes du soleil
Parsemaient les portes du temple,
Et les moines donnaient l’exemple
D’une assemblée prête pour l’éveil.
Sur l’autel devant le bouddha,
Les mains habiles de Kimiko
Remplissaient le grand vase d’eau
Pour la fête de l’Ikebana.

Enfants et cousins rassemblés
Frottaient les graines entre leurs doigts,
On entendit bientôt monter
Le rythme lancinant des sutras.
Bercée par les voix des mortels
Qui psalmodiaient les mots sacrés,
Elle dédiait à l’immortel
Sa prière désincarnée.

Les roses du jardin incliné
Se balançaient à la fenêtre,
On aurait dit qu’on célébrait
Le terme des désirs terrestres.
Une à une, les fiancées
Qui mariaient les fleurs des guirlandes
S’approchèrent pour déposer
Dans le vase bleu leur offrande.

Les moines finirent de réciter
Les longs passages du rituel,
Kimiko remua les pieds
Et s’avança près de l’autel.
Le lotus et l’encens mêlés
Donnaient à la cérémonie
Le pressentiment de la nuit
Dans le silence des secrets.

Les larmes coulaient sur sa joue,
L’assemblée lui tournait le dos.
Elle prit l’urne d’un seul coup
Et versa les cendres dans l’eau.
Les fleurs accueillirent l’être aimé,
Elle oublia toute souffrance
Avec la fin pour Matamé
Du cycle amer des renaissances.