Charmes et coups du sort

Dans le grand bazar d’Istambul,
L’homme aux cheveux enturbannés
Vendait des tapis et des boules
Pour envoûter les étrangers.
Les Anglaises et les Japonais
Venaient jouer comme un coup du sort
Quelques instants qui ressemblaient
A un répit avant la mort.

Les descendants d’Ahmed Pacha
Se bousculaient aux devantures
Et mélangeaient à grand fracas
Les cartes de la bonne aventure.
Aux uns ils tiraient une reine
Et prédisaient dans un grand rire
Les affres d’une fin prochaine,
Aux autres ils conseillaient de fuir.

Les enfants de la vieille Europe
Ne manquaient pas de s’attarder
Entre les souks et les allées
Dans tous ces recoins interlopes.
Certains ne croyaient qu’à moitié
Aux folles prédictions magiques
Des grands harangueurs magnifiques
Et à leurs destins arrangés.

D’autres pourtant, femmes charmées,
Accordaient à ces prophéties
Plus de valeur qu’il n’en fallait
Et tremblaient comme des impies.
Elles revenaient plus d’une fois,
Telles des mouches attirées
Par un seigneur du califat
Dans une toile d’araignée.

Dans certains esprits étrangers,
On eût bien fini par y croire
Comme s’il fallait se résigner
A l’accomplissement de l’Histoire.
Pourtant à l’heure de conjurer
Sorciers, prières et maléfices,
Rien de tel que quelques billets
Glissés dans une poche subreptice.

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