Du sang sur la neige

norvege

On apercevait sur la neige
Les traces profondes d’un traîneau
Qui faisaient comme un long cortège
Imprimé par des animaux.
Quelques gouttes de sang éparses,
Eclats de rouge sur linceul blanc,
Ressemblaient à un incident
Comme la mort d’un obscur comparse.

On voyait aussi sur la neige
Un plateau, des morceaux de verre,
Comme les restes d’un long siège
Contre les morsures de l’hiver.
A quelques mètres de l’endroit,
La nuit avait enveloppé
D’un voile translucide et glacé
Toutes les marques d’un combat.

On ne devinait sur la neige
Aucune raison qui nous heurte
Dans ce coin perdu de Norvège,
Aucune arme, pas d’appel au meurtre.
Un mendiant dans ce désert blanc
Etait sans doute la victime
D’un geste fou et anonyme
A l’improbable dénouement.

On ne voyait donc sur la neige,
Au milieu d’un tas d’immondices,
Aucune preuve, aucun indice
Pour un coupable que l’on protège.
On rechercha un peu plus loin
Dans les bruyères, au pied des arbres,
Des signes de souvenirs macabres
Qu’auraient laissés un assassin.

C’est alors qu’on vit sur la neige,
A trois cents mètres de l’endroit,
Des entrelacs de tâches beiges
Qui faisaient office de trépas.
Sur la glace, les traits du destin,
Faits de boue et de sang mêlés,
Signaient, comme un autoportrait,
Un amour fou pour le dessin.