Et on va où ?

A Salzbourg en plein festival
Où Saint-Jacques sonne encore les vêpres,
On a emmené à l’hôpital
Un migrant atteint de la lèpre.
« Le malade n’est pas contagieux »,
Ont diagnostiqué les médecins.
Ce n’est pas l’avis de certains
Et Mozart n’en croit pas ses yeux.

En haut d’un muret de pierres sèches,
On voit une main qui dépasse,
Un bras et bientôt une mèche
Puis une tête comme une menace.
Tout près dans les demeures sûres,
Des hommes parlent de rectitude.
Les femmes évoquent le futur
Avec une pointe d’inquiétude.

Et on va où et on va où ?
Et quand cela s’arrêtera-t-il ?

A la tribune de l’Assemblée,
Un député d’opposition
Se lève au milieu des sifflets
Et prononce comme une oraison :
« Notre drapeau claque dans le vent,
Il est temps que l’on se souvienne
Des artistes du monde flottant
Qui ont fait la gloire de Vienne. »

Et on va où et on va où ?
Et quand cela s’arrêtera-t-il ?

Sur l’ensemble du territoire,
Les medias, les réseaux sociaux
Relaient le vrai comme le faux :
« Notre pays est une passoire. »
Dans les rues quelques travailleurs,
Noirs de peau et cheveux hirsutes,
Vont verser des gouttes de sueur
Avant de rejoindre leur cahute.

Et on va où et on va où ?
Et quand cela s’arrêtera-t-il ?

A la frontière de l’Autriche,
On a dressé des barbelés
Derrière des terrains en friche
Envahis d’une herbe inviolée.
Au-delà de cette limite
Les files sont interminables,
Mais les panneaux sont explicites :
« Votre ticket n’est plus valable. »

Et on va où et on va où ?
Et quand cela s’arrêtera-t-il ?

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