Fleurs et poissons

fleurspoissons (2)

Dans un village de pêcheurs
Sur les bords de l’Adriatique,
Mario tenait une boutique
Qui donnait sur le quai aux fleurs.
Lui-même n’avait pas son pareil
Pour disposer dans une vitrine
Les iris et les églantines
Entre les rayons du soleil.

Les dents blanches de son sourire
Invitaient les filles et les mères
A patienter et revenir
Acheter le bord de la mer.
Tous les soirs, l’odeur des filets
Chassait le parfum des glycines,
Mario injuriait les sardines
Les baleines et toute la marée.

Quand la fille d’Alberto Longhi
Vint lui proposer de l’aider,
Il lui dit : « tu es trop jolie »
Et refusa son amitié.
Il ne voulait pas de rivale
A la beauté de ses œillets,
Il y’avait assez de pétales
Et d’épines dans ses bouquets.

Par un dimanche de fin d’été,
Alberto revint à la charge
Avec un paquet de billets
Son bagout et le vent du large.
Mario le laissa parler,
A la fin de son boniment,
Il lui dit sans se démonter
Qu’il était bien trop impatient.

Le temps a passé aujourd’hui
Sur les bords de notre village,
Et les conserveries Longhi
Prolongent le port et la plage.
Sur le quai aux fleurs transformé
En immense halle aux poissons,
Mario reste le dernier
A lutter contre les saumons.