Gunther

GuntherLe premier chantier de la Ruhr
Embauchait des Kazakhs de taille
A jeter des poutres dans les fours
Qui rejetaient de la ferraille.
Gunther rachetait à bas prix
Des tiges, des barres, de faux essieux
Et transportait en Westphalie
Les restes du festin du feu.

Dans un camion de contrebande,
Il transbahutait tout son stock
Qu’il revendait à une bande
De garagistes de Rostock.
Ce petit business rapportait,
En plus de ses milliers d’euros,
La connaissance des réseaux
Qui employaient des immigrés.

Après trois ans à sillonner
Les routes autour de Wuppertal,
Gunther décida de passer
A l’échelle internationale.
Sur l’axe Cologne-Varsovie,
Il mit des camions et des bennes
Sur lesquels il était écrit :
“Kann man leben ohne eisen ?”

Avec l’apport de ses rev’nus,
Gunther investissait sans cesse
Jusqu’au jour où il s’aperçut
Qu’il manquait du fric dans la caisse.
Il paya alors quelques jaunes,
Avec mission de découvrir
Ce qu’il en coûte quand on donne
De la bonne came sans se couvrir.

Quand Gunther apprit que tous ceux
Qui s’enrichissaient sur son dos
Etaient trois polaks de Leszno,
Il régla vite le contentieux.
Ses jaunes leur firent pour de bon
Passer l’envie de tout trafic,
Leur imprimant avec un cric
Une marque au fer rouge sur le front.