Ingratitude

IngratitudeMaria Bianca Lituma
N’avait pas deux ans que déjà,
Dès que sa mère tournait le dos,
Elle montait sur le piano.
Elle criait en tordant la bouche,
Et ses petites mains dorées
Tapaient très fort sur le clavier
Pour attraper le son des touches.

Devant un talent si précoce,
On eut recours au sorcier belge,
Un homme vivant à Saragosse
Qui donnait des cours de solfège.
Il avait ramené de Boom
Une statue du Mannekenpiss
Qui lui servait de métronome
Quand il dictait ses exercices.

Maria Bianca apprit très vite
De Mozart tous les menuets,
Et l’amour des quintes diminuées
Prodigué par l’homme émérite.
Après dix années enfermée
Entre les soupirs et les gammes,
A en oublier d’être femme,
Elle était mûre pour le succès.

L’écho de ses compositions
Résonne jusqu’à Managua,
Gaveau, Pleyel et la Scala
Se disputent ses apparitions.
Il n’est pas rare qu’une grande voix,
Devant l’indigence équivoque
Des musiciens de notre époque,
Lui commande plusieurs opéras.

On aurait pu imaginer
Qu’elle eut manifesté l’envie
De rendre hommage à la patrie
De l’homme qui l’avait formée.
Curieusement, les sortilèges
D’Anvers lui demeurent étrangers,
Elle n’a rien fait toutes ces années
En faveur de la musique belge.