La belle de Beyrouth

La belle de BeyrouthLa reine des nuits beyrouthines
Avait élu villégiature
Dans une villa où sa figure
Arborait des moues enfantines.
Charif Mokhtar, un abadaye,
La suivait dans ses déplacements,
Comme après une mère un enfant
Où qu’elle mange, où qu’elle aille.

Sur la colline d’Achrafieh,
Elle collectionnait les amants,
Comme les perles d’un collier,
Autant chrétiens que musulmans.
On l’appelait la grande tige,
Son influence semblait immense
Sur cette terre qui exige
Du doigté et de l’expérience.

Après les derniers coups de sang
Qui avaient secoué le pays,
Lamia s’était évanouie,
S’extrayant de la guerre des clans.
Elle avait fui avec Charif
Et rejoint momentanément
Un village dans les massifs
Des hauteurs de l’Anti-Liban.

Quand les Chrétiens prirent le pouvoir,
Ils envoyèrent un émissaire
Pour la convaincre de s’extraire
De son long exil montagnard.
Ils lui offrirent un portefeuille
Au sein de leur gouvernement,
Elle refusa poliment
Soit par calcul, soit par orgueil.

On dit que malgré son grand âge,
Elle reste encore aujourd’hui
La favorite du lignage
Qui gouvernera le pays.
Il est bien loin le temps ancien
Où elle régnait dans sa demeure
En brocardant tous les Syriens
De peur que son pays ne meure.