La peste

la-peste_smallDepuis les rideaux des maisons,
Spectres blancs collés aux fenêtres,
L’odeur de décomposition
Gagnait peu à peu tout mon être.
De quelle nature était le mal
Qui frappait les populations ?
Pourquoi ces corps en perdition
A la dérive sur le canal

Métaphysique ?

En traversant la ville morte,
Seules m’accompagnaient la cohorte
Des insectes autour des cadavres,
Et dans la rue quelques épaves.
Je cherchais un homme qui reste
Pour échanger quelques idées
Sur les vrais moyens d’échapper
Aux premiers symptômes de la peste

Métaphysique.

Je retraversai le pont Charles,
On entendait au firmament
Les barques sur l’eau et les râles
Des malades agonisants.
Bien que le maire et les édiles
Aient pris les premières mesures
De quarantaine dans la ville,
Les hommes mouraient dans un murmure

Métaphysique.

Les commanditaires du château
Avaient colporté la rumeur
Que dès le printemps un acteur
Avait importé le fléau.
Depuis ce temps, tous les théâtres
Etaient interdits et des quatre
Compagnies royales du Palais,
Aucune n’enfreignit le décret

Métaphysique.

Dans la montée vers le Hradschin,
Je progressais à pas comptés,
Lorsque la main d’un étranger
Sur le bas-côté me fit signe.
Il était vêtu d’un manteau
De marin et tremblait de froid.
Il me dit : « Ne va pas là-haut
Défier le pouvoir de l’Etat

Métaphysique. »

Dans la grande salle du Château,
On m’attendait et l’assemblée
Des fonctionnaires du Cabinet
Me fit asseoir à un bureau.
On me traita de scélérat
Ayant échappé à la peste,
De coupable, et l’on me jeta
Dans le caveau des oubliettes

Métaphysiques.