La zone d’intérêt

Martin Amis, le grand écrivain anglais, s’est fixé dans ce roman des objectifs très ambitieux au regard des écrivains, et non des moindres, qui l’ont précédé dans la description des mécanismes du nazisme, et notamment des camps de concentration. Ce qui compte ici avant tout, c’est le point de vue, celui des dirigeants du camp, de la zone d’intérêt. Par l’horreur mimétique qu’il nous donne à voir, il se rapproche du Kaputt de Malaparte et, plus près de nous, des Bienveillantes de Jonathan Littel. Cette nouvelle façon d’explorer la Shoah, sans répéter ses illustres devanciers, emprunte entre autres les voies d’un marivaudage donjuanesque, qui rend encore plus insoutenables les scènes de la vie du camp. Martin Amis est également porté par une grande imagination et une construction narrative implacable. Mais sa lecture ne nous laisse pas indemne. Ce n’est pas un livre consensuel à mettre entre toutes les mains …