Le corps de ma mère

Quand on lui demandait son âge,
Lamia détournait les yeux.
On ne voyait pas son visage,
Les femmes sont le secret de Dieu.
Ses filles ne savaient pas vraiment
Si elle avait aimé leur père,
Il n’restait plus beaucoup de temps
Avant de percer ce mystère.

Le corps de ma mère,
Je n’le connais pas.
Elle vit sur cette terre
Fidèle à sa loi.

Lorsque les récoltes de blé
Etaient bonnes pour la saison,
Elle marchandait quelques colliers
Qu’elle portait comme une moisson.
Mais si la pluie ne tombait pas,
Lamia suppliait ses vieux os
A travers sa longue djellabah
D’aller au puits chercher de l’eau.

Le corps de ma mère,
Je n’le connais pas.
Elle vit sur cette terre
Fidèle à sa loi.

Sa grande fille partie pour Tunis
Avait suivi quelques études,
Et puis elle avait fui le Sud
En prenant le bateau pour Nice.
Pour Lamia elle avait trahi
Quand elle avait montré sa tête,
La plus petite, analphabète,
Etait restée vivre au pays.

Le corps de ma mère,
Je n’le connais pas.
Elle vit sur cette terre
Fidèle à sa loi.

Seule au milieu de sa cuisine,
Elle gardait comme une plaie
Le souvenir des concubines
Que son mari entretenait.
Quand vint le temps où elle s’enfuit
Rejoindre Allah ou le chaos,
On vit dessinées sur son dos
Les cicatrices de quelques cris.

Le corps de ma mère,
Je n’le connais pas.
Elle vit sur cette terre
Fidèle à sa loi.

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