Le grand marin d’Almeria


Le grand marin d’Almeria
Avait un tatouage sur l’épaule
Et quand il allongeait le bras,
On découvrait son auréole.
On disait qu’il l’avait gravé
A l’aiguille sans l’aide de personne,
Un cercle comme une couronne
Décorant sa peau irisée.

Depuis que beaucoup de bateaux
Délaissaient les côtes espagnoles,
Il rêvait qu’un grand paquebot
L’emmènerait vers l’un des pôles.
Il restait là pendant l’été,
Assis les deux jambes sur la digue,
Contemplant le soleil prodigue
Brûler sa peau et les galets.

On sentait à ses yeux mi-clos
Qu’il n’aimait pas trop les touristes
Qui venaient barboter dans l’eau
En narguant son visage triste.
Quand le soir tombait sur la mer,
Il dépliait sa grande carcasse
Et partait vider deux trois verres
Dans un restaurant de tapas.

Au bar par un soir de détresse,
Il croisa les yeux éblouis
D’une fille qui dansait dans la nuit
Et se prénommait Dolorès.
Elle l’aborda et sans parler,
Posa les lèvres sur son épaule
Comme un pansement sur une plaie
Pour tous les jours passés au môle.

Ils s’aimèrent de longues semaines
Comme deux êtres qui renaissent,
Enroulés comme deux caresses
Dans une voile de misaine.
Il lui dit : « les vagues me manquent
Et un jour je repartirai. »
Elle lui dit : « c’est toi qui me manques,
Toute la vie je t’attendrai. »

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