L’enterrement du général

L'enterrement

C’était le temps où les olives
Envahissaient le bleu des arbres,
Où le soleil de la Calabre
Tombait à l’ombre des coursives.
Le paysan accompagnait
Les pas réguliers d’un cheval,
Les hommes endimanchés suivaient
La dépouille du général.

Dans la foule, les députés
Venus de l’Italie entière
N’opposaient aux femmes en prières
Que leurs silences embarrassés.
Les mains dressées dans un dernier
Salut, les pleureuses criaient
Des insultes à destination
Des fenêtres fermées des balcons.

Près des tables où l’on déjeune,
Le cortège des familiers
Précédait une femme encore jeune
Offerte aux regards étrangers.
Les grappes de paparazzis,
Massés sur les parterres fleuris,
Attendaient dans le crépuscule
Les alliés de la péninsule.

Lorsque le cortège déboucha
Sur les lieux indécis du drame,
Une main anonyme souleva
La voilette grise de la dame.
Devant la grande croix dessinée
Sur le sol, elle ferma les yeux,
Et se tournant vers l’assemblée,
Soudainement elle cracha sur eux.