Lisbonne

lisbonneNous avions bu ce matin-là
Sur la terrasse un café crème,
Avec des pasteis de Belem
Dans un bar gris de l’Alfama.
Les Lisboètes devant leur porte
En riant regardaient passer
Le père et la fille emmêlés
Dans le souvenir des amours mortes.

Quelques statues et un carrosse
Se dressaient sur notre passage,
Comme les gardiens d’une noce
Prisonniers dans le paysage.
A l’heure où les tramways s’arrêtent,
Nous mangeâmes au château Saint-Georges
Une morue dont les arêtes
Me restèrent au fond de la gorge.

Nous décidâmes un peu plus tard
De tourner rue des sapadores,
Sur les murs subsistaient encore
Quelques marques de Salazar.
Sur un marché de la Graça,
On vendait des statues de plâtre,
L’apparition de Fatima
Changeait les vierges en albâtre.

Bientôt en haut d’un belvédère,
Nous dominions la mer de paille,
Et tous les chantiers éphémères
Qui menaient du port à la baille.
Les aspérités de la ville
Dissimulaient depuis le ciel
Les horizons gris indociles
Des sept collines sous le soleil.

Pendant ces trois jours égarés
Entre septembre et la Toussaint,
Une croix blanche nous séparait
Des bonheurs de l’été indien.
Dans nos regards et sur nos têtes,
Planait le souvenir défunt
Du jeune homme dont le destin
Nous avait laissé la silhouette.