Noir désir

Noir désir
Quand on entend sonner la cloche,
Tous les matins comme un rituel,
Elle franchit le seuil du porche
Sous un nuage de dentelle.
La première chose que l’on voit
Quand elle descend sur le chemin,
C’est le balancement de ses mains,
Une chanson au bout de ses bras.

Et comme elle débouche sur la place,
Ses pieds dessinent sur le pavé
Une marelle, une action de grâce,
La signature d’un péché.
Sur les terrasses des cafés,
On n’entend plus aucun murmure,
Sur le bord des tasses les baisers
Se perdent en écho sur les murs.

Dans la rue qui mène à l’école,
Elle croise des enfants qui écoutent
Une mélopée surgie d’un souk
Comme un hommage à une idole.
Alors imperceptiblement,
Elle pose les mains sur les hanches
Et leur répond en fredonnant
Une noire pointée pour une blanche.

Sous le drapeau, sur la pelouse
Du bâtiment municipal,
Elle croise quelques jalouses
Faisant leurs courses sur les étals.
Et parmi la foule du marché,
Sa silhouette se détache,
Comme une ombre, comme une tâche
Entre les robes et les bustiers.

Soudain le parfum des épices
Lui remonte dans les narines,
Bientôt les piments, la réglisse
S’inviteront dans sa cuisine.
Sous sa chemise qui s’entrebâille,
Les lances perdues du Kenya
Ont laissé le long de ses bras
Les traces d’un guerrier Masaï.