Révisionnisme

revisionnisme_smallDevant la grille du jardin du Repos,
Un garde rouge de la Révolution
Passe et repasse comme un grand calicot
Au gré du vent le long du pavillon.
Sur la pelouse, alignés trois par trois,
Les renégats de l’impérialisme
Baissent la tête et attendent que la voix
Du timonier sorte de son mutisme.

Lors des années du Grand Bond En Avant,
Il a fallu partout éradiquer
Les mots honnis des cent fleurs pourrissant
Sur le terreau des âmes contaminées.
En attendant la justice immanente,
Hommes et femmes hébétés ne murmurent
Rien d’autre que des paroles tremblantes
Qui s’évanouissent, muettes au pied des murs.

Toutes et tous savent, en ces temps de conquête,
Que du Sichouan, du Hunan et d’ailleurs,
L’empire de Chine n’a que faire des moqueurs,
Que le pouvoir condamnera les traîtres.
Depuis vingt ans, soldats de la Longue Marche,
Héros du peuple, militants du parti,
Sur la muraille ont fixé leurs attaches,
Et les frontières ne sont d’aucun pays.

Sur l’herbe verte du jardin du Repos,
Tous les prévenus préparent leur défense.
Ils prient Mao et calculent les mots
Du Grand Pardon au milieu du silence.
Dans peu de temps, on épèlera leur nom.
Ils s’avanceront, pâles comme des martyres
Au tribunal, dans le grand pavillon,
La trahison sera leur repentir.

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