Saladin

Saladin

Quand ma rue s’appelait Saladin,
La nuit, les citronniers en fleurs
Exhalaient un très doux parfum
Et leurs troncs n’avaient qu’un seul cœur.
A Gaza, la mer était bleue,
Nous faisions des châteaux de sable
Qui protégeaient les amoureux
Des jeux de plage et de leurs balles.

Quand ma rue s’appelait Saladin,
On agitait des drapeaux verts
Seulement à la fin de l’hiver
Pour fêter les feuilles des jardins.
Rashida emmenait son promis
Se marier devant l’autel,
Les croyants et les infidèles
Se rassemblaient dans un même lit.

Quand ma rue s’appelait Saladin,
Les claquements des dinandiers
Etaient bien les seuls musiciens
Invités au bal de l’été.
Ahmed conduisait en taxi
Les voyageurs de l’impossible
Chercher des rêves indicibles
Aux confins de la Jordanie.

Quand ma rue s’appelait Saladin,
Nous n’étions qu’une infinitude
A peupler notre solitude
De rosée, de miel, de matins.
Nous n’avions pour délassement
Que des colonies de vacances
Où l’on envoyait les parents
Retrouver le goût de l’enfance.

Quand ma rue s’appelait Saladin,
Dans les mosquées de l’espérance,
Le muezzin criait le matin,
Nous priions Allah en silence.
Mais finissent un jour les chansons
Que l’on fredonnait en sifflant,
Les mots se sont tus maintenant
Que ma rue s’appelle Salomon.