Tourisme sexuel

J’ai vu dans une rue de Manille,
Entre les murs et les poubelles
Celle qui passait pour la plus belle
De toutes les filles.
Elle avait une robe échancrée
Qui lui enturbannait le cœur.
Tout le monde l’appelait Dalisay
Du nom d’une fleur.

Elle pouvait avoir dix-sept ans
Et les clients occidentaux
Venaient dépenser leurs pesos
Entre ses draps blancs.
On pouvait acheter son corps
Un soir ou une semaine entière
Dans cette ville où l’on ignore
Jusqu’au nom des pères.

Elle avait les yeux en amande,
Une image de carte postale,
Comme un air de couleur locale
Pour mieux se vendre.
Quand un homme voulait marchander,
Elle remuait doucement la tête
Et disait en mauvais anglais
« Cause I am the best. »

Elle élevait entre deux planches,
Bien à l’écart au bout d’un quai,
Un garçon yeux ronds et peau blanche,
Appelé enfant-lait.
Comme l’Etat des Philippines
Lui avait refusé un nom,
Elle dédiait à la nation
Son âme orpheline.

lle passait des après-midis
Dans une grande église à prier
Avant de commencer sa nuit
Dès qu’on la sonnait.
Cette pauvre gosse en visite
Pour des touristes qui consomment,
Ce n’est pas un rêve ou un mythe,
Juste une fille des hommes.l

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