Trêve

BosnieIl y’avait eu cette année-là
Des orages comme jamais,
Et des pluies de sang et d’acier
De Moscou à Sebrenicza.
Les âmes folles des oiseaux gris
Traversaient le ciel en plein Nord,
Ramenant du pays des morts
Les cris noirs des anges maudits.

A cinq cent mètres des tranchées,
Des soldats longeaient la rivière.
Les uns et les autres priaient
Allah et Dieu dans leur tanière.
Plus loin, les villages gardaient
Les femmes, et des enfants armés
Tiraient les rats et les moineaux
Qu’ils faisaient cuire avec de l’eau.

Les hommes de Sikic progressaient,
Courbés en deux sur leur fusil,
Attendant que l’aube étranglée
Découvre les lignes ennemies.
Le jour se leva sur les cendres
De quelques arbres immolés,
Une petite fille marchait
En plein milieu du no man’s land.

Un bouquet de fleurs à la main,
Elle venait des hautes herbes,
Là où le plus gros des troupes serbes
Occupait encore le terrain.
Elle s’approcha du bivouac
Comme une poupée mécanique,
Etrangère aux cris de panique
Poussés par les soldats bosniaques.

Pendant qu’ils la mettaient en joue,
Elle s’agenouilla dans le pré,
Et jeta aux hommes noirs de boue
Quelques pétales violacés.
Sikic l’arrêta de la main.
Tout doucement il s’approcha,
Et il saisit entre ses doigts
Une fleur bleue dans le matin.