Une terre, un pays

Un jour viendra
Sur la place du vieux marché,
Deux grandes juives avant le sabbat
Achètent des étoffes au rabais,
Elles ont du soleil plein les bras.
Au milieu des fleurs d’héliotropes,
Un homme longe un trottoir sec,
Les arabes ferment les échoppes
En se prosternant vers la Mecque.

Dans le grand salon, Isaac
Se dresse droit devant l’autel
Où la famille des mortels
Rassemble les fruits pour la Pâque.
Dehors, la fraîcheur envahit
Les venelles et les impasses,
Le ciel impavide s’obscurcit,
L’homme passe devant une terrasse.

Une terre, un pays, une terre un pays,

Les femmes tirent les rideaux,
Aux fenêtres et sur les murs
Les fruits quittent les devantures,
On a rentré tous les tréteaux.
Recouvrant les collines grenat,
Le soir coule comme une pirogue.
A l’entrée de la synagogue,
L’homme dépose son cabas.

Une terre, un pays, une terre un pays,

Aux vitrines des magasins,
On a éteint toutes les lumières.
Dans les maisons, au creux des mains,
Montent les murmures, les prières.
Les paroles sempiternelles
Interrogent le firmament,
L’explosion illumine le ciel
Tuant un homme et deux enfants.

Une terre, un pays, une terre un pays,

A travers le mur qui sépare
Israël et la Palestine,
Il est temps d’enlever les balles
Des colons et des fedayins.
Quand je dessine le tracé
De mon pays imaginaire
Les enfants n’jouent plus à la guerre,
Les rabbins prient dans les mosquées.

Une terre, un pays, une terre un pays.