Un mythe à Zanzibar

ZanzibarSi je suis né à Zanzibar
De père et de mère inconnus,
J’arbore sur ma peau de bâtard
Les armoiries de ma tribu.
Sur l’île bleue au milieu des Noirs
Et des rejetons de l’Afrique,
Mes bras aussi blancs qu’un miroir
Absorbent du vent la musique.

J’ai poussé comme une fleur sauvage
Sous le protectorat anglais,
Aucune lutte, aucune cage
N’ont jamais pu m’y enfermer.
Tous les bateaux de l’océan
Mouillent au port de mon archipel
Et en swahili on m’appelle
Assiani, le gardien du Temps.

Les algues et le clou de girofle
Qui poussent sur Pemba et Mafia
Accompagnent tous les repas
Que les poissons de la mer offrent.
J’ai vaincu tous les maléfices
Nés des blessures du soleil,
L’eczéma et le psoriasis
Que guérit la salsepareille.

Sur les plages paradisiaques
Où le sable est blanc comme la neige,
Aucun des amours ne s’abrège,
L’eau est plus lisse que les lacs.
Je guide les pas indigènes
De quelques touristes alanguis
Qui débarquent de Tanzanie
A l’heure de la méridienne.

Si on m’interdit de porter
Le nom de fiers aristocrates,
J’ai sur ma hanche tatoués
De l’Ancien Empire les stigmates.
Un blason décore ma peau
Et j’ai honte quand sur mon atoll,
Me parviennent de terre les échos
Du reggae et du rockn’roll.