Une ottomane

D’un bar au-dessus du Bosphore,
Je domine tout le détroit.
Le garçon joue les matamores,
Fanfaronnant entre les plats.
Silencieusement comme un moine,
Je sirote un verre de raki,
Fixant d’un air épanoui
Les yeux d’une belle ottomane.

La demoiselle sous son voile
Fuit mon regard en rougissant
D’un sourire qui se dévoile
Comme un aveu simple et charmant.
Au loin on entend quelques notes
Qu’égrènent des oiseaux perdus,
Entre les graves et les aigus
Dans la douce fraîcheur stambouliote.

Sur la chaise près de la guérite,
Elle commande un jus de cerise
D’une voix claire, à la va-vite,
Qui s’éteint doucement dans la brise.
Pour un temps, pour une seconde,
Je repense à tout mon voyage
A travers la Turquie sans âge,
Aux noisettes de Trébizonde.

Sur la terrasse, le garçon
Revient en serrant son plateau,
Au bout de son bras, les goulots,
Les tickets des consommations.
Il s’approche de ma houri
Qui étouffe sous son manteau.
Elle avale son jus de fruit,
Larmes fraîches comme un sanglot.

Le soir tombe de plus en plus vite,
Au loin le détroit du Bosphore
Se jette dans la Corne d’Or,
Chenal de l’océan en fuite.
Dans ma chambre bleue envahie
Par le soleil de la journée,
Je rêve d’amener dans mon lit
Une inconnue désaltérée.

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